 Accueil
\ Zone de publication
\ Psychologie
Le chat au masculin : la quête du narcissisme
Isabelle Tassel
L’Internet Relay Chat [1](ou chat) est un moyen de discuter en temps réel avec d’autres personnes du monde entier par le biais d’Internet. Quelles sont les caractéristiques, les spécificités des relations via le chat ? Qu’entraînent ces relations virtuelles dans la vie du chatteur ?
Dans un premier temps, il nous a semblé pertinent de lier la virtualité au concept de relation d’objet dans la perspective de Melanie Klein, à savoir les relations d’objet partiel caractéristiques de la position schizo-paranoïde et les relations d’objet total de la position dépressive. Dans un second temps, nous nous sommes intéressés à l’articulation entre relation d’objet et narcissisme. Une des perspectives princeps de notre étude était d’observer comment le narcissisme entrait en jeu, était au cœur des « relations d’objet virtuel » (Missonnier, 2004) sur le chat. Cela nous a conduit à lier virtualité et transitionnalité. Winnicott avait défini l’espace transitionnel comme un espace intermédiaire entre le moi et le non-moi, le trouvé et le créé, la réalité intérieure et la réalité extérieure. L’objet transitionnel incarne la relation d’objet total en devenir, c’est ainsi que l’on peut l’entendre en tant que relation d’objet virtuel.
Un autre moi
Sur le chat, chacun revêt un pseudonyme. Le chat permet des figurations contradictoires simultanées, par exemple homme et femme. L’espace est annulé par la téléprésence : le chatteur peut être dans plusieurs salons à la fois. Freud a établi un parallèle entre la création littéraire et le rêve éveillé. L’adulte délaisse le jeu et s’adonne à sa fantaisie, aux rêves éveillés. Les rêves éveillés et les récits littéraires sont marqués par les prouesses et l’invulnérabilité du héros. On peut y reconnaître, selon Freud, Sa majesté le moi. Les personnages se divisent souvent en bons et en méchants. Nous pouvons rapprocher le chat du rêve éveillé. Il offre un espace où « l’ego peut fonctionner librement et le moi idéal se satisfaire des prouesses exécutées dans un monde de toute-puissance où domine le réel et échappe à l’espace et au temps » (Faure-Pragier, 2003, p. 58).
Virtualité et relation d’objet partiel
Chaque internaute est seul face à son ordinateur, comme réfugié dans un lieu sûr. M. Civin compare le repli paranoïde au sens kleinien lié à l’utilisation d’Internet à l’expérience d’un prisonnier enfermé dans une cellule qui offre à chaque internaute la sécurité. L’ordinateur apparaît comme une barrière protectrice entre soi et l’autre. Mais cette cellule empêche toute véritable relation. Ce sont des relations de type partiel. Sur le chat, on voit les autres comme on en a envie et selon ce qu’ils veulent montrer. D’autre part, il semble que le chat ait tendance à favoriser un processus de clivage en bon ou mauvais objet.
Le chatteur et la quête du narcissisme
Par l’intermédiaire du chat, chacun choisit un pseudonyme. Le chatteur peut revêtir une autre identité. Mais qui est cet autre Je ? Il semblerait que l’anonymat, le pseudonyme, permettent de construire un soi plus proche de son idéal du moi. Le chat permettrait une valorisation narcissique. A travers les relations partielles, l’autre peut renvoyer une image bonne à introjecter. Il s’agirait d’une relation en miroir où l’autre n’est pas reconnu dans sa spécificité de personne, mais à travers la fonction qu’il remplit. Les autres apparaîtraient comme des objets -soi, mi-moi, mi-autre. Mac Dougall dans Théâtres du Je parle de « théâtre transitionnel ou de la quête des personnages. [...] J’appelle cet autre le tenant lieu d’un objet transitionnel, objet à mi-chemin entre la perception de l’autre comme totalement créé par le sujet et l’autre reconnu comme ayant une existence indépendante, des attributs et des désirs propres. L’objet est hors du contrôle magique, mais peut être manipulé » (Mac Dougall, 1982, p. 63). Dans ce théâtre, le metteur en scène est le Je lui-même. Il doit faire en sorte que d’autres Je jouent les rôles qu’il leur destine. L’Internet permettrait la manifestation de ce que toute relation objectale a de plus narcissique.
La ficelle virtuelle
Le chat offre une aire de liberté que l’on peut rapprocher du jeu, entre soi et l’autre, entre dedans et dehors, entre la réalité intérieure et la réalité extérieure. « Le virtuel est par excellence un mode d’apprentissage de situations nouvelles ou angoissantes. Les simuler pour les apprivoiser, en perdre la crainte dans l’imaginaire avant de les affronter. Les individus hésitant dans leurs réalisations sexuelles, inhibés ou agressifs peuvent s’abandonner à des réalisations virtuelles plus aisées, et y trouver un plaisir qui leur suffira d’abord, puis permettra souvent une rencontre. » (Faure-Pragier, 2003, p. 55.) Le chat pourrait ainsi représenter un espace transitionnel où le chatteur apprendrait à apprivoiser l’objet total, à rencontrer l’autre.
Mais comme le souligne M. Civin, le chat n’est pas un espace potentiel par définition, d’emblée. Il constituerait plutôt un espace virtuellement transitionnel, un espace transitionnel en puissance.
Jean-François Vezina dans La Ficelle virtuelle utilise le cas d’un enfant de sept ans que Winnicott décrit dans Jeu et réalité pour articuler la transitionnalité et le virtuel. « La fonction de la ficelle évolue. La ficelle passe d’une fonction de communication au déni de la séparation. C’est précisément l’un des enjeux d’Internet et de la virtualité actuellement [2] »
Le chat peut constituer dans certains cas un refus de séparation d’avec l’autre. L’étude du chat nous renvoie finalement à l’éloge du cas par cas.
Hypothèses théoriques
Le chat aurait tendance à favoriser les relations d’objet partiel.
Le chat permettrait à certains sujets masculins de renforcer leur narcissisme.
Le chat pourrait, pour certains sujets masculins, être un espace transitionnel leur permettant d’apprivoiser l’objet total par des relations d’objet partiel.
Hypothèses opérationnelles
Sur le chat, certains sujets masculins auraient tendance à se montrer d’une façon différente de ce qu’ils feraient dans un monde non virtuel.
Au test de Rorschach, nous nous attendons à obtenir pour certains sujets masculins un H% faible, peu de kinesthésies humaines (K) au profit de kinesthésies animales (kan) et de kinesthésies d’objet (kob) et un F+% faible.
Au test du TAT, nous nous attendons à observer pour certains sujets masculins des mécanismes de défense archaïques, tels que le clivage, et des relations d’objet partiel.
Dans l’entretien semi-directif, nous pourrons observer que le chat aura permis à certains chatteurs d’avoir plus confiance en eux, d’aller plus facilement à la rencontre de l’autre.
Méthodologie
Notre échantillon se constitue de quatre chatteurs (peu ont accepté de participer), âgés respectivement de 25, 25, 26 et 28 ans. Chaque sujet a passé le protocole en une seule fois, et individuellement, après signature de la lettre de consentement éclairé. Il était soumis à un entretien semi-directif, au test de Rorschach et au test du TAT.
Résultats
Les hypothèses ont été vérifiées. Dans le cas de M. K., on note des identifications projectives qui semblent aller dans le sens de la transitionnalité. M. K. s’est créé un personnage sur le chat « adulé » par des « cybergroupies », ce qui lui renvoie une bonne image à introjecter. On voit que le chat a permis une revalorisation narcissique. Le chat semble avoir constitué un espace d’apprivoisement de l’objet total par des relations d’objet partiel.
Sur le chat, M. A. joue avec les mots, ce qui lui permet de devenir « le prince charmant ». Il semble apprivoiser lui aussi la relation à l’autre à travers ces mots effacés, puis réécrits.
M. D. semble envisager le chat comme un moyen de se faire un groupe d’amis, de partager des connaissances en informatique. Il semble passer facilement à la rencontre en dehors du chat.
M. N. qui se qualifie comme introverti communique plus facilement sur le chat, dit plus ce qu’il pense. Il passe lui aussi à la rencontre en dehors du chat, « il faut qu’on se voit, pas la peine de continuer le chat, on aura vite fait le tour ».
Conclusion
Bien conscients de la faiblesse de notre échantillon, nous rappelons que nous n’avons aucune visée statistique. Il faudrait reproduire cette recherche sur un échantillon plus important.
D’autre part, notre démarche, à l’inverse du chat, impliquait une rencontre lors de la passation. On peut penser que les personnes très en retrait auront eu tendance à refuser de participer à cette recherche.
Bibliographie
Civin M., 2000, Psychanalyse du Net, Paris, Hachette littérature, 2002.
Freud S., 1908, « La création littéraire et le rêve éveillé », in Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1971.
Klein M., 1957, Envie et gratitude : et autres essais, Paris, Gallimard, 1968.
Mac Dougall J., 1982, Théâtres du je, Paris, Gallimard.
Missonnier S. et coll., 2003, Le Virtuel : la présence de l’absent, Paris, éditions EDK.
Missonnier S., (2004) L’enfant du dedans et la relation d’objet virtuel. In S. Missonnier, B. Golse, M. Soulé, La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité. Éléments de psycho(patho)logie périnatale, Paris, PUF.
Winnicott D. W., 1975, Jeu et réalité : l’espace potentiel, Paris, Gallimard, 2002.
[1] L’Internet Relay Chat est, au sens strict, un standard de téléconférence synchrone en mode texte par Internet, dont la première formulation fut officialisée dans un document portant la référence « RFC 1459 » et cosigné en mai 1993 par Jarkko Oikarinen et Darren Reed.
[2] Voir http://www.carnetpsy.com/Archives/Dossiers/Items/SpecialVirtuel/p4.htm.
Forum
-
> Le chat au masculin : la quête du narcissisme
17 décembre 2005
Nouveau messagePosté le : 15 Déc 2005 0:15 Sujet du message : Le chat au masculin : la quête du narcissisme Répondre en citant
Je suis heureux de voir de nouveaux articles sur le site et j’aimerai que l’on discute un peu ici du travail que consacre Isabelle Tassel au chat. C’est d’abord la notion de virtuel / virtualité qui m’arrête et je souhaiterai qu’elle soit davantage développée car - je prends le terme dans son acceptation naive, il ne m’a pas semblé que les relations que je nouais via IRC était plus virtuelles que celles que j’avais dans mon bus ou chez ma boulangère. Assez logiquement, il ne me semble pas non plus qu’elles soient plus partielles - ou plus totales - que mes autres relations d’objet.
Je crois que l’on est en train de s’orienter vers deux grand modèles. Le premier tend de faire d’Internet le lieu du virtuel, des relations partielles, du monde schizo-paranoide au sens de Mélanie Klein, des identité multiples... et de l’espace transitionnel. On se demande d’ailleurs comment s’articule l’espace transitionnel avec tout ce qui précéde et pour ma part je trouve que les figures se retournent trop facilement pour que ce modèle se révéle fécond - on passe du "virtuel" comme cause d’isolement au "virtuel" comme source de contact, du "virtuel" comme éclatement du Moi au "virtuel" comme réintrojection de parties précédement projetées.
Il est un autre chemin, qui est celui de considérer non plus le monde du virtuel, mais celui du numérique, ce qui a l’avantage de sortir de cette catégorie de l’imaginaire qu’est le virtuel et d’ouvrir sur de nouveaux espaces
Revenir en haut
Voir le profil de l’utilisateur Envoyer un message privé
isabelle
Invité
Nouveau messagePosté le : 16 Déc 2005 14:30 Sujet du message : Répondre en citant
Mon mémoire de recherche est disponible sur : www.carnetpsy.com/Archives/ Dossiers/Items/SpecialVirtuel/p17.htm
Je pense que le chat apparaît comme un révélateur du monde interne de son utilisateur, pouvant donner lieu à une forme d ’addiction mais aussi être utilisé comme un espace transitionnel, un espace de jeu, tout dépend du chatteur.
Turkle considère internet comme un espace transitionnel permettant de revêtir d’autres identités, d’expérimenter différents aspects de soi-même et du monde.
Civin nuance cette affirmation, le chat ne serait pas un espace transitionnel par définition, tout dépendrait de l’utilisateur derrière l’écran, de sa flexibilité, de sa souplesse.
Le chat représenterait ainsi un espace virtuellement transitionnel, un espace transitionnel possible. Le chat nous ferait une promesse de transitionnalité qu’il ne pourrait pas toujours tenir.
Revenir en haut
yleroux
Inscrit le : 09 Nov 2004
Messages : 60
Nouveau messagePosté le : 16 Déc 2005 16:05 Sujet du message : Répondre en citant
Que le chat puisse être révélateur du monde d’un sujet, je veux bien le croire, mais est ce la quelque chose de spécifique ? Et qu’est ce qui dans le chat pourrait avoir cette fonction ? Le dispositif ? Il faudrait alors en décrire les caractéristiques, ce que personne ne semble prendre la peine de faire - sauf Suler. L’écriture ? Est elle différente, similaire de l’écriture offline ?
Si je vous suis bien, le chat fait promesse de transitionnalité. Mais n’est ce pas la même chose pour un livre, un ballon de foot ou une cuiller, pour peu que le fonctionnement transitionnel soit possible chez la personne qui rencontre ces objets ?
Maintenant l’addiction. Comment - je veux bien le considerer, mais j’aimerai comprendre- un objet pouvant être utilisé de façon transitionnelle peut être dans le meme temps objet d’addiction ? Il y a là une contradiction théorique et clinique (ce qui est plus embêtant) majeure. Pour la pointer, juste cette remarque : une des modalités de la prise en charge des toxicomanes est de leur faire retrouver des potentialités de jeu, soi un fonctionnement transitionnel que l’objet-drogue bouchait. Comment, dans un même espace, peuvent se rencontrer (mais se rencontrent ils ?) la perversion et la création ?
Il y a aussi ce serpent de mer : Internet permettrait a chacun de vêtir une multitude d’indentités. Pour ma part, je vois online ce que je constate offline : chacun se débrouille avec son identité et fait fonctionner ici et la certaines modalités prévalentes. ll semble qu’il en est sur Internet comme partout ailleurs : chacun tente de donner une certaine unité à son identité. Ce travail identiraire m’a semblé être mis en difficulté par les caractéristiques d’Internet. Ce qui reste a expliquer, c’est pourquoi ce fantasme d’identité multiples est il encore si actif, alors même qu’un usage banal et quotidien d’Internet ne le confirme pas
Revenir en haut
Voir le profil de l’utilisateur Envoyer un message privé
isabelletassel
Invité
Nouveau messagePosté le : 16 Déc 2005 21:25 Sujet du message : Répondre en citant
Je note que vous évoquez John Suler et je souhaite à mon tour faire référence à ses travaux pour vous répondre (J. Suler, The Psychology of Cyberspace). Selon lui, le chat, et le cyberespace dans son ensemble, est une extension du monde psychique individuel.
Dans le meilleur des cas, Internet, comme espace psychologique, serait pour l’individu un moyen de se découvrir, de mieux se comprendre. D’autres personnes, au contraire, utiliseraient le medium pour vivre leurs fantasmes et exprimer les frustrations, les peurs et les désirs alimentant ces fantasmes. Suler va jusqu’à établir un parallèle entre le monde du rêve nocturne et le monde virtuel d’Internet : aller naviguer dans certains endroits de prédilection équivaudrait à la descente dans le sommeil. Il précise que le cyberespace n’est pas seulement une autoroute de l’information (apport factuel), qu’il peut aussi apporter des éléments substantiels à l’esprit humain.
Les éléments fondamentaux induits par le chat (expérience sensorielle limitée, identité flexible et anonyme, nivellement de statut, distorsion de l’espace et du temps, accès à un nombre quasi-illimité de relations) forment la trame des comportements des utilisateurs (Suler). Il me semble que c’est ce dispositif même du chat qui génère cette fonction de révélateur du monde interne.
En ce qui concerne l’écriture online sur le chat, je considère en effet qu’elle diffère de l’écriture offline. Serge Tisseron aborde ce point dans L’Intimité surexposée (en particulier : influence du Surmoi moindre dans l’écriture en ligne).
Je suis d’accord avec vous quand vous faîtes remarquer que le chat n’est pas le seul medium révélateur du monde psychique individuel et n’est pas le seul espace à faire promesse de transitionnalité.
En ce qui concerne votre remarque concernant l’addiction, il me semble que nous nous sommes mal compris ! Pour certains chatteurs, le chat peut devenir une forme d’addiction. Pour d’autres, le chat peut être utilisé de manière transitionnelle.
Je ne dis absolument pas que le chat peut être utilisé de façon transitionnelle et en même temps être objet d’addiction pour un même sujet ! Telle ou telle utilisation du chat dépend précisément de la capacité du sujet à s’inscrire dans un fonctionnement transitionnel.
"Je vois online ce que je constate offline : chacun se débrouille avec son identité et fait fonctionner ici et là certaines modalités prévalentes." Je suis bien d’accord avec vous. Toutefois, j’ai observé directement sur mon terrain de recherche (chatteurs de 25 à 30 ans) que le chat permet à certains chatteurs de mettre en scène des facettes de leur identité qui se trouvent cachées ou inconscientes offline. L’hypothèse de Suler est d’ailleurs que les mondes virtuels leur permettent d’actualiser certaines facettes, d’incarner des parts d’eux-mêmes qu’ils ne peuvent pas incarner offline.
Je citerai premièrement l’exemple d’un chatteur qui évoque son "introversion" offline, laquelle contraste avec son "personnage très extraverti sur le chat" ("je communique mieux via le chat, je dis plus ce que je pense [...] on n’a pas les personnes en face de soi"). Deuxièmement, on peut évoquer le phénomène du changement de sexe sur le chat, qui correspond à l’exploration de la part de féminin et de masculin que tout individu a en lui (Suler ; Stora, Guérir par le virtuel).
Pour résumer, le chat permettrait au chatteur non pas de "vêtir une multitude d’identités", mais d’explorer les différentes facettes de son identité de sujet. La démarche peut devenir pathologique lorsque les identités se trouvent "dissociées" et non pas "intégrées" en une identité unique : "The importance of integrating the assorted components of selfhood should not be ignored. Bringing together the various components of online and offline identity into one balanced, harmonious whole may be the hallmark of mental health" (J. Suler, chapitre Identity Management in Cyberspace, http://www.rider.edu/ suler/psycyber/psycyber.html).
Revenir en haut
isabelletassel
Invité
Nouveau messagePosté le : 16 Déc 2005 21:30 Sujet du message : Répondre en citant
Erratum : Le lien renvoyant au texte de J. Suler n’est plus http://www.rider.edu/ suler/psycyber/psycyber.html, mais http://www.rider.edu/ suler/psycyber/identitymanage.html
Revenir en haut
yleroux
Inscrit le : 09 Nov 2004
Messages : 60
Nouveau messagePosté le : 16 Déc 2005 22:54 Sujet du message : Répondre en citant
isabelletassel a écrit :
Je note que vous évoquez John Suler et je souhaite à mon tour faire référence à ses travaux pour vous répondre (J. Suler, The Psychology of Cyberspace). Selon lui, le chat, et le cyberespace dans son ensemble, est une extension du monde psychique individuel.).
La théorisation que SULER fait du cyberspace est tout à fait intéressante, et plus particulièrment le rapprochement qu’il fait de l’espace Internet et de l’espace du rêve. Je lui trouve cependant un défaut : il s’arrête au milieu du gué. Sans doute parce que ses références sont trop disparates - la psychanalyse, le zen, l’humanisme - il n’explore pas cette hypothèse en la passant sur le grill de la métapsychologie freudienne du rêve. De ce point de vue, je ne pense pas que surfer sur le net équivale à la descente dans le sommeil.
Il part aussi d’un présuppopé qui polarise toute son élaboration : l’idée selon laquelle le self serait formé de différentes composantes qui sont activées dans telle ou telle situation. On sent l’implicite théorique de la personnalité multiple, et c’est cette personnalité multiple qui se révélerait sur le net. Je ne pense pas que cela marche comme cela. Et si Internet peut être un miroir, il n’est un miroir sructurant que si quelqu’un nomme pour moi l’image que ce miroir me renvoie. Ce n’est donc pas tant, dans ce cas précis, les caractéristiques que donne SULER au cyberspace qui sont actives, que la présence d’un autre qui me parle.
Citation :
Les éléments fondamentaux induits par le chat (expérience sensorielle limitée, identité flexible et anonyme, nivellement de statut, distorsion de l’espace et du temps, accès à un nombre quasi-illimité de relations) forment la trame des comportements des utilisateurs (Suler). Il me semble que c’est ce dispositif même du chat qui génère cette fonction de révélateur du monde interne.
Sauf que. Sauf que. Le nombre quasi illimité de participants est un fantasme. Tous les chats ont un nombre limité de participants, limite due a la fois au dispositif et a la capacité des participants à contenir une quantité X d’excitation / information. Sauf que l’identité n’est pas si fexible que cela, et que même si l’on joue un rôle, on reste soi, que l’anonymat peut être levé,
[...]
Citation :
En ce qui concerne votre remarque concernant l’addiction, il me semble que nous nous sommes mal compris ! Pour certains chatteurs, le chat peut devenir une forme d’addiction. Pour d’autres, le chat peut être utilisé de manière transitionnelle.
Je ne dis absolument pas que le chat peut être utilisé de façon transitionnelle et en même temps être objet d’addiction pour un même sujet ! Telle ou telle utilisation du chat dépend précisément de la capacité du sujet à s’inscrire dans un fonctionnement transitionnel.
J’avais bien compris cela. Pour moi, il peut y avoir un usage compulsif des différents dispositifs d’Internet. Mais pas d’addiction. voyez, je sais que comparaison n’est pas raison, mais c’est comme dire que la drogue X peut être objet d’addiction pour certains, et objet transitionnel pour d’autres. Ca ne va pas. L’objet transitionnel est quelque chose de très subtil : ce n’est pas un fétiche, ce n’est pas un objet contraphobique
Citation :
[...] Toutefois, j’ai observé directement sur mon terrain de recherche (chatteurs de 25 à 30 ans) que le chat permet à certains chatteurs de mettre en scène des facettes de leur identité qui se trouvent cachées ou inconscientes offline. L’hypothèse de Suler est d’ailleurs que les mondes virtuels leur permettent d’actualiser certaines facettes, d’incarner des parts d’eux-mêmes qu’ils ne peuvent pas incarner offline.
Je citerai premièrement l’exemple d’un chatteur qui évoque son "introversion" offline, laquelle contraste avec son "personnage très extraverti sur le chat" ("je communique mieux via le chat, je dis plus ce que je pense [...] on n’a pas les personnes en face de soi"). Deuxièmement, on peut évoquer le phénomène du changement de sexe sur le chat, qui correspond à l’exploration de la part de féminin et de masculin que tout individu a en lui (Suler ; Stora, Guérir par le virtuel).[/quote]
Ce point est très important pour moi : je ne suis pas d’accord. Cela tient sans doute a ce que l’on met sous les mots : est ce que prendre un prénom féminin sur un chat vous met en contact profond avec une position inconsciente féminine ? Il me semble que les mécanismes que vous décrivez, et que tous ceux qui ont un usage du net peuvent observer, sont du registre du préconscient et non de l’inconscient. Par contre, ce qui me semble tout à fait inconscient, c’est le désir de tromper l’autre sur soi. C’est là, que sur Internet, il y a comme un creux qui est comblé par la nettiquette : on ne pose pas de questions, et on prend les personnes pour ce qu’ils disent être. Ce qui manque c’est la présence d’un autre qui me voit jouer une femme quand je suis un homme et qui atteste de cela : je suis un homme. Je joue une femme. Sans ce passage, on reste dans une position sollipsiste qui pèse plus son poids d’illusion que d’épreuve symbolique
Merci de cette très intéressante discussion.
Mais ou sont les membres de l’OMNSH ?
-
-
> Le chat au masculin : la quête du narcissisme
15 décembre 2005, par Yann Leroux
|