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Alexis BLANCHET
Secrétaire de l’Omnsh et membre du Conseil d’Administration de l’association. Docteur en Etudes cinématographiques, ancien allocataire-moniteur (de 2004 à 2007) et attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER de 2007 à 2009) en Études Cinématographiques à

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Les films de cinéma à l’épreuve de la DVDphilie : que recherche le DVDphile ?

Etude de réception du rapport au film de cinéma sur support DVD - Mis en ligne le 6 Août 2007


Alexis BLANCHET

Ce texte a été rédigé en 2004 à l’occasion de trois journées d’étude organisées par la BnF et la BiFi consacrées aux archives de cinéma et aux technologies numériques. Il faisait suite à un travail de deux ans sur l’édition vidéographique et les pratiques vidéographiques domestiques. Les actes du colloques n’étant désormais plus accessibles en ligne sur le site de la BiFi, je mets à disposition ce texte dans les ressources de l’Omnsh.

Depuis la fin des années 1970, la vidéo domestique s’est constituée comme une alternative à la salle de cinéma et à la diffusion télévisée pour l’accès à la production cinématographique. Autour de différents supports - d’abord magnétiques et aujourd’hui numériques - de nouvelles pratiques de réception et de consommation des œuvres cinématographiques par un public de vidéospectateurs sont apparues comme le visionnage de films à domicile, l’enregistrement ou la conservation de programmes audiovisuels.

Dernier support grand public en date dans le secteur de la vidéo domestique, le DVD a accompli le passage au tout numérique du secteur vidéographique. L’impact économique du DVD sur le marché de la vidéo est sans précédent : sa popularité est forte, sa démocratisation a été très rapide et il a engagé le consommateur dans une logique de rééquipement en matériel audiovisuel.

Pour le chercheur en Etudes Cinématographiques traitant des questions de réception, la vidéo domestique et le DVD sont des objets d’études particulièrement intéressants. Tout d’abord parce que le film de cinéma s’avère historiquement le type de programme le plus apprécié par le vidéospectateur et par conséquent le plus exploité par le secteur (les chiffres du SEV nous indiquent que ces dernières années, le film de cinéma représente 75% à 80% du chiffre d’affaire de l’édition vidéographique ).

Ensuite, parce que le DVD, par la capacité de stockage de données qu’il autorise, est un support édité qui place le film dans un contexte particulier : le travail plus ou moins élaboré d’accompagnement éditorial du film (du simple accès au programme par des écrans de navigation à la variété potentielle des programmes annexes) donne à voir un film sur support vidéo d’une manière totalement inédite par rapport aux dispositifs de réception cinématographique, télévisuel et vidéographique d’origine.

Les études consacrées jusqu’à présent à la vidéo domestique se sont donc principalement concentrées sur les aspects économiques du secteur. Lorsque la question des publics et des pratiques est abordée, c’est souvent dans une approche de nature socio-économique et à partir d’observations quantitatives. Dans ces recherches, la figure du public est appréhendée au travers des représentations statistiques classiques : on s’interroge sur qui utilise ou n’utilise pas le support vidéographique selon son sexe, sa tranche d’âge, sa CSP, son niveau d’étude, etc.

L’approche des publics de la vidéo domestique en termes qualitatifs est pour l’instant plutôt ignorée. Ainsi, les motivations du public à utiliser la vidéo domestique et aujourd’hui la technologie DVD, la manière dont les uns et les autres usent du DVD, dont la technologie est perçue par ses utilisateurs, sont autant de sujets laissés quasiment en friches par l’analyse. C’est pourquoi j’ai voulu aborder ces thèmes à partir de l’étude de propos spontanés recueillis sur internet dans une problématique qui est celle de la sociologie de la réception. Cette approche m’a été inspirée par un article de Laurence Allard intitulé « Cinéphiles, à vos claviers ! » consacré aux internautes cinéphiles .

Internautes et usages du DVD

En venant parler des films édités, témoigner d’attentes ou manifester leur mécontentement à propos des DVD, les internautes participant aux commentaires de sites commerciaux ou de groupe de discussion s’affirment comme public du DVD. L’étude de ces manifestations publiques permet de se placer du côté de l’espace de la réception où se fait une « production de sens » à propos des éditions de films de cinéma en DVD, où se joue un moment d’appropriation des œuvres sur DVD.

Il y a bien, de la part des internautes, une volonté de s’exprimer, de louer ou critiquer les sorties DVD, d’échanger autour d’une actualité vidéographique, et cela sur le mode « des usagers s’adressent aux usagers. » De plus, cette prise de parole montre que l’activité de vidéospectateur n’est pas restreinte au simple visionnage de vidéogrammes, mais qu’elle se prépare et/ou se prolonge sur internet. En effet, les internautes viennent sur la toile afin de se renseigner sur un DVD avant de se le procurer, de manifester leur impatience concernant la sortie d’un titre, mais aussi afin d’y déposer un avis après avoir regardé un DVD.

Certes, les personnes utilisant des DVD et s’exprimant sur internet forment une population non représentative de l’ensemble des utilisateurs de DVD : internet est un média dont tout un chacun n’a pas encore l’usage. Ce qui m’amène à supposer une convergence d’intérêt entre l’utilisation d’internet et l’usage des DVD : les deux technologies sont quasi-contemporaines et l’on peut penser qu’une personne familière de l’internet et du monde informatique soit susceptible d’être intéressée par la technologie DVD. Cette « convergence numérique » suggère l’hypothèse que si l’on choisit internet pour s’exprimer sur le DVD, c’est peut-être pour des raisons d’intérêt partagé pour l’usage des nouvelles technologies.

Afin de délimiter un espace d’exploration précis sur lequel appuyer mon étude, j’ai dans un premier temps défini un corpus de 10 éditions de films de cinéma proposées par des éditeurs français pour le marché français qui puisse constituer un paysage vidéographique. Ce corpus ne se veut pas représentatif de l’édition vidéographique française dans son ensemble mais plutôt illustratif d’une diversité de films édités en DVD. [cf. Liste en annexe]

Voici la liste des éditions retenues rassemblant des films français, américains, mais aussi belge et chinois, dans des registres allant de la production commerciale hollywoodienne au film d’auteur.

Les commentaires que j’ai analysés concernant ces DVD ont été déposés entre début 1999 et février 2004, d’une part sur deux sites commerciaux (fnac.com et amazon.fr) et d’autre part dans le cadre d’un groupe de discussion francophone consacré aux sorties DVD (fr.rec.son-image.dvd-video.titres).

Les sites commerciaux francophones de vente de DVD permettent à tout utilisateur de laisser par écrit un avis sur n’importe quelle « fiche-produit » de DVD. C’est un espace où l’internaute exprime son avis, positif ou négatif, sur une sortie DVD, ce lieu là n’est pas fait pour l’échange. D’un point de vue méthodologique, cet espace permet d’obtenir pour chaque DVD retenus dans notre corpus, un ensemble exhaustif de commentaires à propos des éditions choisies : j’ai ainsi recueilli 223 commentaires sur 8 des 9 films du corpus.

Second espace de communication autour du DVD : le groupe de discussion à travers lequel les internautes échangent sur les sorties DVD. Le groupe de discussion que j’ai sélectionné est francophone et se fixe pour objet dans sa charte d’utilisation de « discuter des nouvelles sorties, des qualités, des défauts de tous les DVD-vidéo du marché ». Il fonctionne selon le principe de l’échange où un intervenant peut ouvrir une discussion (poser une question, formuler un avis, lancer un débat) et d’autres internautes peuvent envoyer leurs réactions.

Des usagers du DVD aux DVDphiles

Nos deux sources présentent des profils de publics bien distincts. Les sites marchands rassemblent ce que j’appellerai un public d’usagers du DVD, alors que le groupe de discussion est animé par une frange plus spécifique de ce public d’usagers ; ce sont des vidéospectateurs particulièrement attachés au support DVD et au travail éditorial fait sur les films que je caractériserai de DVDphiles.

Pour présenter dans les grandes lignes le public d’usagers du DVD qui s’exprime sur les sites marchands, je vous propose de regarder ensemble ce tableau récapitulatif où j’ai classé l’ensemble des commentaires analysés.

Trois types de propos se dégagent de l’ensemble des commentaires :
  des commentaires qui traitent exclusivement du film et ne mentionnent pas la dimension « support » ;
  des commentaires qui traitent à la fois du film et de son édition sur support DVD ;
  enfin des commentaires qui traitent exclusivement de l’édition sur support DVD.

Le type [FILM] domine largement dans la nature des commentaires faits sur les DVD. J’ajouterai que dans une très large majorité des 53 commentaires de type [FILM + DVD], c’est le film qui est là-aussi le sujet principal : les termes films et DVD y sont employés pour signifier la même chose, c’est-à-dire l’œuvre filmique. J’en donne pour exemple ce commentaire du DVD Harry Potter qui illustre bien cet état de fait : « Un dvd époustoufflant !!!! J’avoue qu’au ciné, j’avais très envie d’aller au toilette en raison des 2h30. Mais c’est un film super, très réussi et Emma Watson est super canon !!!!!!!!!!!! à ne pas manquer ! ».

Dans leur grande majorité, ces participations centrées sur les films adoptent vis-à-vis du film une position critique fortement marquée : elles expriment soit une adhésion totale au film, soit un rejet tout aussi total. Cette façon d’aborder les films se conforme à ce que Laurent Jullier nomme dans sa typologie des jugements de goût au cinéma le critère de l’émotion : en plébiscitant ou en attaquant un film dans leurs commentaires, les internautes mettent l’accent sur l’émotion qu’il leur a procurée.

Les internautes se servent ainsi de l’espace d’expression sur les éditions DVD qui leur est offert par les sites commerciaux pour communiquer avant tout sur les films. Pourtant, si ces usagers du DVD ne font pas mention de la dimension DVD dans leurs propos, ils n’en ignorent pas l’existence. En effet, ils viennent sur un site de vente de DVD et sont bien conscients de s’exprimer à propos de sorties DVD comme le montre ces participations qui utilisent un terme pour un autre.

On peut voir ainsi que les usagers du DVD placent le DVD comme un accès au cinéma parmi d’autres. Laurent Creton parle d’une « dissociation du film de cinéma et de la salle » propre au contexte cinématographique contemporain : le film n’est plus systématiquement lié par le spectateur à pratique de la salle de cinéma. C’est ainsi qu’aux yeux des usagers, le fait d’aller voir un film au cinéma, de le voir en télédiffusion ou de le visionner sur support vidéographique sont certes trois modalités de réception distinctes, mais qui avant tout permettent de voir un film.

Le fait de « voir un film », d’en prendre connaissance, est privilégié aux dépens de la pratique sociale qui peut y être associée selon le dispositif de réception. La dimension sociale de la pratique culturelle, celle de se rendre dans un lieu public ou celle de partager avec d’autres téléspectateurs sur un même territoire un programme télédiffusé, est donc peu prise en compte par les usagers du DVD : ce qui importe, c’est que le DVD garantit un accès permanent au « voir le film ».

Avec la vidéocassette et le DVD, une expérience - celle de la projection et de la réception du film - est circonscrite en un objet, le vidéogramme du film. Le DVD paraît donc avant tout constituer un film « objéifié » comme en témoigne la propension des internautes à exprimer fréquemment leur rapport au film dans le registre de la possession : il devient possible avec le film objéifié « d’acheter Harry Potter », de « posséder Citizen Kane et Casino » dans une collection personnelle que l’on se constitue par ses achats. Un film « objéifié », que l’on possède, que l’on consomme chez soi, sans la contrainte de l’horodiffusion qui caractérisait les dispositifs de réception antérieurs.

C’est ainsi que la question de l’emprunt en bibliothèque et médiathèque, et même la pratique de la location sont totalement absentes des propos étudiés : l’acquisition de DVD est ici exclusivement abordée par le biais de l’achat (le choix des sources explique bien entendu ce type d’approche).

Je voudrais maintenant m’intéresser aux 7 commentaires de type [DVD] et surtout aux propos recueillis sur le groupe de discussion. Dans l’ensemble de ces participations, le jugement appréciatif sur le film disparaît et fait place à un discours sur la qualité technique du transfert du film sur support DVD et, dans une moindre mesure, sur le développement éditorial qui accompagne le film.

Les commentaires de type [DVD] sont ainsi des avis purement techniques sur le passage du film sur support DVD : on y juge la qualité de la restitution de l’image et du son, et la pertinence des contenus éditoriaux. Par exemple, les 5 commentaires de type [DVD] concernant le coffret Panthère Rose pointent tous un manque éditorial : un film de la série n’apparaît pas dans cette édition.

Du côté du groupe de discussion, c’est une charte d’utilisation qui fixe comme thème les sorties DVD « d’un point de vue technique ». Cet angle d’approche entraîne des participations qui font une utilisation très abondante des termes techniques quelle que soit l’édition concernée. Les normes de cadrage, les types d’emballage, les supports vidéo, les normes sonores, les zones, les éditeurs, c’est tout le champ lexical technologique de l’édition DVD qui est employé dans des échanges se concentrant sur le support DVD comme objet technologique. L’aspect technique enthousiasme les participants qui semblent tous partager une technophilie, une même passion pour ces questions technologiques comme le démontre un des participants en se présentant comme un « DTS-fan ».

Il m’est apparu que ces participations, qui partagent un même discours d’expertise technique sur les DVD, traduisaient un même rapport au film de cinéma sur support DVD que j’ai nommé DVDphilie. Bien sûr, aucun internaute ne se réclame de la DVDphilie, comme un spectateur de cinéma pourrait se réclamer de la cinéphilie. Je propose ce terme pour vous dessiner un modèle de rapport aux DVD et films de cinéma : le DVDphile que je vais vous maintenant vous décrire est construit d’après mes observations à la façon d’un ideal-type weberien, c’est-à-dire un modèle auquel on confronte la réalité.

Que recherche le DVDphile ?

Tout d’abord, il apparaît que le DVDphile est vraisemblablement un homme. Bien sûr, en travaillant sur des propos spontanés, je me trouve dans l’impossibilité de connaître avec précision les données socioculturelles de chaque enquêté. Néanmoins, des indices sont laissés par les participants : l’utilisation d’identifiants sexués (prénoms, e-mail, pseudonymes) ou la présence d’accords grammaticaux peuvent donner une idée du sexe de l’internaute. Je note donc, à la lumière de ces indices, une large majorité de participants de sexe masculin dans l’ensemble des sources étudiées, qui s’affirme encore davantage dans les propos DVDphiles.

Les DVDphiles sont donc des usagers du DVD qui voient dans le DVD un support d’excellence au service de la présentation du film à domicile. Le DVDphile se montre sensible au discours promotionnel fait sur les DVD : la qualité de l’image et du son et la présence de bonus sont les arguments par lesquels le marketing vend le support et ils sont devenus les thèmes centraux des propos DVDphiles. Mais, les DVDphiles semblent avoir pris au pied de la lettre les promesses du marketing et se montrent particulièrement revendicatifs lorsque le contrat commercial du DVD est rompu : parce que le format de La Grande Vadrouille n’est pas respecté, les DVDphiles lancent une pétition en ligne pour réclamer réparation à l’éditeur. C’est dire si le DVDphile accepte totalement son statut de consommateur, en défendant son droit à l’excellence technique.

Dans cette dynamique d’excellence, la pratique spectatorielle de la salle de cinéma par les DVDphiles prend une nouvelle dimension. Bien sûr, l’expérience de la projection publique reste le dispositif d’accès aux films en première exclusivité, c’est la première exploitation du « voir un film ». Mais l’expérience de la salle de cinéma est aussi conçue comme un visionnage du film dans d’excellentes conditions techniques : ainsi, les DVDphiles font référence à leur souvenir technique de la réception en salle pour en apprécier le transfert sur support DVD. En comparant la présentation du film en salle et sa présentation sur support DVD, le DVDphile utilise la projection en salle comme étalon pour juger de la qualité purement technique du film sur DVD. Ce type de comparaison salle de cinéma/DVD est employé à propos du DVD Harry Potter afin de juger de la qualité du son (elle était jugée meilleure en salle), mais aussi à propos du DVD Bowling for Columbine concernant le « grain » de l’image.

Cette attention portée par le DVDphile au versant technologique des films de cinéma met en œuvre ce que Laurent Jullier nomme des « critères de jugement technologique ». Jullier remarque que les mutations techniques des dispositifs de réception du cinéma « induisent un nouveau mode d’évaluation du film, basé sur l’exemplification des techniques de diffusion : le meilleur devient celui qui démontre le mieux les spécificités de la machine qui le projette. » Il ajoute que le film « récompense l’amateur de l’investissement financier qu’il doit consentir (une place dans une salle de prestige est plus chère, un système home-cinema coûte deux fois le prix d’une télévision. » L’œuvre cinématographique, quand elle est perçue ainsi est jugée selon sa capacité à faire bon usage du dispositif de réception du film, à faire spectacle en proposant un son et une image spectaculaires. Le film doit utiliser à leur maximum les possibilités de diffusion qui lui sont offertes.

Ainsi, une internaute s’inquiète de voir des bandes-noires apparaître sur son téléviseur lorsqu’elle visionne le DVD Harry Potter : « J’ai acheté le DVD, mais j’ai des bandes noires en haut et en bas de l’écran ; Qu’en est-il pour vous ? » Il semblerait plus normal à cette utilisatrice qu’ayant acheté ce DVD et possédant l’écran 16/9ème adéquat, l’image du film remplisse tout son écran. Les autres internautes viennent donc la rassurer : l’apparition des bandes-noires est normale puisque le format de l’image respecte celui de la projection en salle et qui est moins haut qu’un écran 16/9ème. Et l’utilisatrice novice de conclure : « Merci à tous pour vos explications. le DVD est en 2.35 donc les bandes noires c’est normal. quel dommage ! ».

Si le DVDphile attend que le DVD soit un support d’excellence technique assurant une présentation définitive de l’œuvre cinématographique, c’est d’abord qu’il y a un désir et un plaisir à posséder le film objéifié : les DVDphiles manifestent à plusieurs reprises l’envie ou la satisfaction d’acheter, d’avoir, de garder près de soi tel ou tel film. Mais, dans un contexte où les films de cinéma sont de plus en plus nombreux et restent de moins en moins longtemps à l’affiche en salle, le DVDphile voit aussi dans le DVD un lieu de stabilité qui garantit une permanence du film. C’est une fixation de l’œuvre filmique qui apporte une réponse à la logique de circulation accélérée des films au cinéma et à leur présentation jugée souvent détériorée à la télévision (recadrages, absence de VO, coupure publicitaire). Avec le DVD, le DVDphile semble dire de l’œuvre filmique : « elle y est, elle y reste, elle y est accessible à tout moment. »

Ainsi, si les DVDphiles exigent un travail d’excellence de la part des éditeurs sur l’édition de films, c’est bien qu’ils considèrent, à l’heure actuelle, le DVD comme le seul lieu qui assure une pérennité au film.

Conclusion

En conclusion, nous pouvons mettre en place un cycle DVDphile : celui-ci débute par une recherche d’information, puis se poursuit par l’achat du DVD qui est le seul type d’acquisition qui permette de posséder le film objéifié sur ce support. L’achat renouvelé de DVD amène à une accumulation des films objéifiés que les DVDphiles présentent comme leur collection ou « vidéothèque personnelle ». Il est assez frappant de voir que les collections sont évoquées par les DVDphiles plus sous l’angle du nombre que des thématiques : sur certains groupes rattachés à des sites d’information, les internautes publient des photos de leur collection - en général une armoire remplie de DVD - en y associant le nombre de DVD qu’ils possèdent. La collection est plutôt considérée par sa quantité que par sa qualité ou les choix qui ont présidé à sa constitution. Ce caractère quantitatif de la collection peut être rapproché de la manière dont les DVDphiles évoquent les bonus avec des termes évoquant la quantité tels la « masse » ou « l’avalanche ».

Cette accumulation de films dans le cadre de la collection se révèle en fait essentiellement une thésaurisation puisque les DVD possédés ne semblent pas être mis en circulation : la question du prêt et de l’emprunt est absente des propos des DVDphiles. Alors que la vidéocassette était l’objet de nombreux échanges entre pairs et mise en circulation entre possesseurs de magnétoscopes , le DVD parce qu’il est encore récent dans le paysage vidéographique, semble être, pour le moment, un objet plus sédentaire et moins voué à l’échange et au prêt.

Ces logiques d’accumulation des films en DVD, de constitution de collections personnelles, cette volonté de complétude de la part du DVDphile relèvent d’une certaine forme d’archivage : un archivage avant tout privé, une volonté de faire mémoire à son échelle individuelle avec un support numérique qui promet pérennité.

Bibliographie

Laurence Allard, Cinéphiles à vos claviers ! in Réception, public et cinéma, Réseaux n°99 - CENT/Hermès Science Publications, 2000.

Antoine Baecque (de), Thierry Jousse, Le retour du cinéma, coll. Questions de société, Hachette Editions, Paris, 1996.

Franck Beau, Gérard Blanc, Philippes Dubois (sous la direction de), Cinéma et dernières technologies, INA/De Boeck Université, Paris/Bruxelles, 1998.

Laurent Creton, Modes de consommation et enjeux de la diffusion, in Le cinéma dans la cité, Kiron Espace/Editions du Félin, Paris, 2001.

Laurent Jullier, L’écran post-moderne. Un cinéma de l’allusion et du feu d’artifice, coll. Champs Visuels, L’Harmattan, Paris, 1997.

Laurent Jullier, Qu’est-ce qu’un bon film ?, éditions La Dispute, Paris, 2002.

Movie Mutations, Correspondance avec et entre quelques enfants des années soixante, par Jonathan Rosenbaum, Adrian Martin, Kent Jones, Alexander Horwath, Nicole Brenez et Raymond Bellour, in Trafic, n°24 (hiver 97).

Louis Skorecki, Raoul Walsh et moi, suivi de Contre la nouvelle cinéphilie, Presses Universitaires de France, Paris, 2001.

Développement culturel, Les français vidéophiles, n°120, octobre 1997, Bulletin du Département des études et prospectives, Direction de l’administration générale, Ministère de la Culture et de la Communication.

Les Cahiers du cinéma, Le DVD, nouvelle économie, nouvelle critique, n°585, décembre 2003.

Liste des films choisis

Citizen Kane Série de films La Panthère rose La Grande vadrouille C’est arrivé près de chez vous Casino Nos vies heureuses Bowling for Columbine In the mood for love Harry Potter et la chambre des secrets

Notes

(1) Le guide économique de la vidéo et du DVD, Syndicat de l’Edition vidéo, 2002/2003. Chiffres disponibles sur internet à l’adresse http://www.video-sev.org.

(2) Laurence Allard, Cinéphiles à vos claviers ! in Réception, public et cinéma, Réseaux n°99 - CENT/Hermès Science Publications, 2000.

(3) Laurent Jullier, Qu’est-ce qu’un bon film ?, éditions La Dispute, Paris, 2002. L’auteur y propose six critères utilisés dans l’usage du goût par rapport aux films : deux critères dits ordinaires (le succès public et la réussite technique), deux critères dits communs (l’édification au sens d’éclairer, d’instruire et l’émotion) et enfin dits distingués (l’originalité et la cohérence).

(4) Laurent Creton, Modes de consommation et enjeux de la diffusion, in Le cinéma dans la cité, Kiron Espace/Editions du Félin, Paris, 2001.

(5) Laurent Jullier, Qu’est-ce qu’un bon film ?, éditions La Dispute, Paris, 2002. p. 83.

(6) Développement culturel, Les français vidéophiles, n°120, octobre 1997, Bulletin du Département des études et prospectives, Direction de l’administration générale, Ministère de la Culture et de la Communication.


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