• Olivier Mauco

Nouvelles restrictions en matière des jeux vidéo : interprétation de la loi sur la délinquance des mineurs. Quand le politique s’empare du jeu vidéo

2006 / Droit, Économie, Politique / Article

La loi sur la délinquance des mineurs a été adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture. Cette loi au travers de l’article 17 modifie la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs, attaquant directement les jeux vidéo et les fondements politiques de notre société.

La modification du régime juridique de protection des mineurs va avoir des incidences sur les jeux vidéo sur deux points principaux : 1) Interdiction de vendre, diffuser, louer toute œuvre interdite aux moins de 18 ans 2) Mise en place d’une signalétique adaptée et définie par une autorité administrative compétente.

Sur l’interdiction de vente aux mineurs,

A priori cela ne touche que 3% des jeux produits, mais concerne certains best-sellers : GTA, Gears of War, jeux de guerre, etc. Il est alors imaginable que la distribution de ces jeux soit fortement limitée, comblant ainsi les attentes de Association Française des Revendeurs Spécialisés (AFRS) qui souhaitait une interdiction de vente de ces jeux dans les grandes surfaces. Malheureusement cela n’est plus du domaine de l’hypothèse. (article 33 - 2 : interdire mise à disposition des mineurs). Il est important de veiller au principe de séparation des pouvoirs et du pluralisme, du moins d’éviter une concentration des intérêts privés d’une seule branche de l’industrie. Gardons en mémoire les stratégies de regroupement opérées entre certaines branches de l’industrie en vue de proposer un label concurrent du système PEGI.

Sur la présence d’une signalétique obligatoire et sa mise en place par une autorité administrative

La présence d’une signalétique sera déterminée par une autorité administrative compétente. Jusqu’alors seule une commission créée par le Conseil d’Etat pouvait se prononcer. Le passage de commission consultative à autorité administrative implique que les décisions de l’autorité administrative aient force exécutoire, elles devront être appliquées sans aucun recours ni contestation possible. Le fait que cette signalétique soit du ressort d’une autorité administrative risque de remettre en cause le système PEGI s’il n’est pas intégré dans le processus d’élaboration de la signalétique. Toutefois cette autorité administrative n’est pas définie de manière précise, aussi le PEGI et l’ISFE comme association européenne des associations nationales, pourrait se proposer ou du moins être présent au moment de la création de l’autorité.

L’établissement de la signalétique passe par une redéfinition du contenu des jeux, d’une échelle de valeur. Or les limitations pourraient être d’autant plus restrictives, par un glissement des jeux déconseillés aux moins de 16 ans vers une interdiction aux mineurs. Nous pensons notamment aux critères apparemment anodins comme la présence de cigarettes, mais aussi l’atteinte aux bonnes mœurs à la morale (faire du skate-board dans des endroits interdits pourrait être interprété comme une incitation au trouble de l’ordre public). Considérant qu’au niveau français, seule l’association Familles de France a produit une telle échelle de valeur, il semblerait logique que les pouvoirs publics, à défaut de concurrence, se tourne vers elle (reconnue d’utilité publique). Il ainsi important que les différentes associations défendant les intérêts de l’industrie se mobilisent pour participer à la mise en place de cette signalétique, ne serait-ce que pour proposer une expertise technique efficace, limiter la concentration des intérêts et offrir une grille de lecture et de classification des jeux vidéo, en adéquation avec la réalité du marché, les pratiques des joueurs.

Perspectives et débat

Cette loi s’inscrit dans un mouvement de réglementation des medias, remettant en cause le principe d’autorégulation. Si la protection des mineurs est fortement souhaitable et demeure un des principaux objectifs de l’Union européenne, la mise en place d’une réglementation politique nationale risque de nuire à l’industrie et à la liberté de production européenne, remettre en cause l’existence même du marché et de la construction politique européens.

- Il doit pouvoir exister un marché du jeu vidéo pour adultes, au même titre que toute production artistique et culturelle. Il semblerait que les pouvoirs publics n’aient pas encore conscience de la maturité du public.
- Les jeux vidéo pour adultes ne peuvent être traités de la même manière qu’une œuvre pornographique, c’est-à-dire soumis à une réglementation très stricte en matière d’accessibilité, visibilité. Au niveau de l’image de marque, cela peut être à double tranchant : soit une multiplication massives de titres avec un suivi du public attiré par l’interdit, constituant de la sorte un réel marché du jeu vidéo pour adultes, soit au contraire une autocensure des développeurs / éditeurs entraînant une infantilisation des jeux vidéo.
- Certaines chaînes de magasins travaillent à la mise en place d’espace pour adultes. Toutefois il faudrait veiller à ce que cela n’entraîne pas une stigmatisation de ces jeux.

Cette loi pose de nombreuses questions sur la définition du jeu vidéo : est-ce une œuvre de production culturelle, une production industrielle, un media, etc. Si le Ministre de la Culture tend à reconnaître les jeux vidéo comme une production culturelle, les jeux vidéo ne devraient-ils pas bénéficier d’un traitement particulier, au même titre que l’industrie culturelle du disque, du cinéma, plutôt que d’être insérés dans une loi généralisante ? La limitation de l’accès des jeux vidéo n’est-il pas une entrave au principe même d’égal accès à la culture ? Souhaitons que le Conseil Constitutionnel invoquera les droits et libertés fondamentales pour veiller à de telles dérives, si saisine il y a.

Les rapports de force, les liens ambigus entre pouvoir économique et politique, l’impératif de légiférer en matière de sécurité, le contexte politique sont autant de facteurs pouvant être invoqués, mais ne justifient en rien de légiférer à la hâte sur ce qui est en passe de devenir le premier média et la première industrie du loisir.

Il semblerait que les jeux soient faits, que le politique se réapproprie tardivement les jeux vidéo, ignorant les avancées du secteurs, la maturité du public, la réalité d’une autorégulation efficace au niveau européen. Prendre les jeux vidéo comme facteurs explicatifs de la délinquance risque de nuire à la production dans son ensemble, et surtout ne résoudra en rien les problèmes inhérents de la société, ce qui est un autre débat. Comme le soulignait Johan Huizinga, « les jeux cristallisent les idéaux d’une société », or une société où ses idéaux ne peuvent pas être exprimés, sont soumis à un contrôle moral, est une société qui n’ose pas se regarder, qui se renie elle-même. Une société qui n’informe plus le public, qui ne lui laisse pas le choix d’être responsable, qui souhaite choisir pour le Peuple au nom de son bien-être, est une société qui se déresponsabilise, s’immisce dans la sphère privée, une société qui s’infantilise et remet en cause l’idéal républicain et démocratique du citoyen maître de ses actes.

P.-S.

Pour plus d’information sur le système d’autorégulation PEGI, voir l’article : la signalétique européenne des jeux vidéo

9 Messages de forum

  • Bonjour, Je suis une mère de famille de type apolitique, classe moyenne, 2 enfants de 9 et 12 ans, et souvent désespérée devant le flot difficilement contrôlable des informations de tout type qui submergent littéralement la vie de nos ados. Le b a ba du "savoir éduquer" ses enfants est de surveiller ce qu’il ingurgite : sa nourriture à 2 mois, ce qu’il met dans la bouche à 2 ans, les jeux vidéo à 12 ans... Mais voyez-vous, il y a beaucoup de parents "déchirés" (parents "démissionnaires" ou immatures... Eh oui...IMMATURES !) qui, leur enfant arrivé à l’âge où il commence seulement à s’assumer avec fragilité (pré-ado, puis ados), baissent complètement les bras. Et là, le marché bien juteux des jeux vidéo qui "s’auto-contrôle" à sa façon, c’est à dire le moins possible, s’en empare. Au nom de la liberté d’expression, on ne dit rien ; et les dégâts commencent sur les cerveaux... Vous dites : "Cette loi s’inscrit dans un mouvement de réglementation des medias, remettant en cause le principe d’autorégulation" Le problème semble justement venir de là : c’est quoi, au juste, cette "autorégulation" ? Une concentration d’intérêts privés qui se partage courtoisement la part du gâteau ? A quoi la voit-on, l’efficacité de cette "autorégulation" ? N’a-t-elle pas elle-même donné le bâton pour se faire battre ? Pour sécuriser cette jungle, il faudrait un organisme qui travaille EN COLLABORATION AVEC DES PARENTS de tous horizons et des psy dignes de ce nom. Et non pas une petite grappe de décisionnaires dont je voudrais bien voir la composition...qu’elle soit gouvernementale ou non... Nous savons bien que l’enjeu n’a rien à voir avec l’ "interdiction de faire du skate dans des endroits interdits". (qui a dit une telle c... ? ) Et arrêtez de noyer le poisson ! C’est bien des jeux ou il faut "combattre les forces du bien" (quel programme !), où la violence est gratuite et absurde, où la peur doit être remplacée par l’exitation, où quelques soient les erreurs commises, on s’en fout, on a plusieurs vies, etc, etc, etc... qu’il s’agit ! Il s’agit bien d’un bourrage de crâne qui déstabilise complètement ! (devinez combien de temps ils passent, les jeunes, sur ces jeux ?) Vous dites "prendre les jeux vidéo comme facteurs explicatifs de la délinquance risque de nuire à la production dans son ensemble... " Vous êtes donc pour la politique de l’autruche !!! Vous dites : "Les jeux vidéo pour adultes ne peuvent être traités de la même manière qu’une œuvre pornographique, c’est-à-dire soumis à une réglementation très stricte en matière d’accessibilité, visibilité. Au niveau de l’image de marque, cela peut être à double tranchant : soit une multiplication massives de titres avec un suivi du public attiré par l’interdit, constituant de la sorte un réel marché du jeu vidéo pour adultes, soit au contraire une autocensure des développeurs / éditeurs entraînant une infantilisation des jeux vidéo." ... Alors là, ça me laisse perplexe... Pour la première option, quel est le problème ? La deuxième option est complètement improbable et noie (encore une fois !) le poisson. Ce qui est souhaitable c’est que les jeux violents ne deviennent pas la "première industrie du loisir" comme vous dites. Quand vous dites " le politique... ignorant les avancées du secteurs, la maturité du public, la réalité d’une autorégulation efficace au niveau européen " pouvez-vous détailler ? Et enfin, à votre citation " Comme le soulignait Johan Huizinga, « les jeux cristallisent les idéaux d’une société " et bien moi je réponds "Réveillez-vous, Les temps ont changé ! Et les jeux, de nos jours, cristallisent des besoins Financiers" Slts.
    • Chère Madame,

      L’autorégulation des jeux vidéo est gérée par un organisme européen, le système pan européen d’information des jeux vidéo (www.pegi.info). L’Union européenne a validé ce procédé, les pouvoirs publics sont présents au sein des comités de sélection. Qui plus est l’évaluation des jeu est effectuée par des institutions publiques : le NICAM aux pays bas et le VSD en Angleterre. Un éditeur soumet le jeu au PEGI, qui lui accordera une licence d’exploitation. Je vous l’accorde, la représentation des parents peut être considérée comme faible, vu que la majorité des membres sont des fonctionnaires, des décideurs, comme vous le soulignez. Mais des psy sont aussi présents, et ont élaboré cette charte et cette signalétique. Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur ce système d’autorégulation, je vous invite à lire l’article dans la même rubrique (droit, science po eco) sur le système PEGI, en espérant que cela apporte des éléments de réponse à vos interrogations. Toutefois je comprends votre inquiétude qui est tout à fait légitime. Le problème majeur des jeux vidéo est qu’ils sont effectivement beaucoup joués par plus de 80% des ados, pour une moyenne de 5h, mais on sait bien que la consommation d’un joueur classique avoisine davantage les 2-3h quotidienne, comme un adulte consomme de la télévision (moyenne de 3h et demi par jour). Malheureusement, les ados n’ont pas forcément un même cadre de vie : entre un enfant isolé, face à lui même, et un enfant entouré par ses parents, l’influence du jeu vidéo sera plus ou moins importante.

      C’est dans ce sens que je critique la politique actuelle des jeux vidéo : plutôt que d’offrir des cadres de vie dignes pour tous les enfants, on préfère interdire. Apprendre à votre enfant à décrypter le message sera plus salutaire, bénéfique pour son futur, vous lui donnerez les armes de combattre les discours (politique, économique, etc.). Et au vu de votre argumentation critique vous semblez avoir les ressources pour le faire. Les jeux vidéo ne peuvent être porteurs de messages incitant à la haine, la violence conte autrui et ayant des messages pornographiques. Le problème majeur est donc de savoir ce qui pourrait être salutaire pour la société : s’attaquer au fond du problème ou bien légiférer sur un sujet trop méconnu ?

      Concernant la violence dans les jeux vidéo, elle est présente mais n’est pas gratuite, dans le sens où l’acte de violence est intégré dans une histoire, un scénario. Les jeux proposent souvent de combattre les forces du mal... ceux proposant de combattre les forces du bien m’échappent ? (à part quelques productions idéologiques non commercialisées). Et puis le jeu sert à se défouler, c’est une catharsis, un moyen d’évacuer. Il suffit de veiller à ce que les enfants ne passent pas un temps démesuré, qu’ils aient d’autres activités (centre aérés, clubs de sport, lecture, musique, etc.) La moyenne d’âge du public est de 29 ans, ce qui sous-entend qu’il y a des jeux vidéo pour les adultes, et des jeux pour les plus petits. Un peu comme les programmes télé : dessins animés ou film et séries policières. C’est pour quoi il faut penser aux eux publics, et ne pas pénaliser un pour autre. L’union européenne est très soucieuse de la protection des mineurs, c’est un de ses principes fondamentaux, aussi fait-elle tout ce qui est possible pour éviter que votre enfant soit exposé à des images "barbares". L’objet de mon article était avant tout d’amorcer une discussion raisonnable, au delà de la peur ou de l’adoration, entreprendre une réelle étude de ce que sont les jeux vidéo, et ne pas légiférer à la hâte pour des raisons électorales.

      Evidemment il y a de gros enjeux financiers, de la même manière qu’un parti politique dépense beaucoup pour se faire élire, que les marchés publics ne sont pas aussi transparents, qu’il y a des accointances, etc. Oui c’est une industrie, oui les éditeurs peuvent faire pression, de la même manière que les revendeurs et boutiques spécialisées font pression pour avoir la part du gâteau (cf article sur le système PEGI). Mais est-ce une raison pour prendre un contre pied de principe ? Pourquoi ne pas s’y intéresser réellement, mettre en place un programme de recherche ?

      Préférez-vous qu’on donne les armes pour combattre un message, comprendre qu’il ne s’agit que d’un jeu, ou préférez-vous être protégé et au final être pus vulnérable à la moindre menace ? Je préfère que la politique éduque les citoyens, en fasse des hommes dignes, maîtres d’eux-mêmes, capable de faire des choix, ayant un libre arbitre plutôt que de les infantiliser, de les enfermer dans un monde sécuritaire. Eduquons aux jeux vidéo, plutôt que de les interdire, car de toutes façons avec les moyens actuels vos enfants se les procureront : camarade, téléchargement, etc.

      N’hésitez pas répondre à mon commentaire,

      Bien à vous, O.M.

      • Bonjour.

        Je réponds ici au message posté par Mme le 14 février 2007. Autant le dire tout de suite, si je vous dit que j’ai 18 ans et que je pratique régulièrement (mais pendant peu de temps - 1/2h au maximum) le jeu vidéo, certains vont tout de suite penser que mon point de vue est bancal. Soit. Mais pas plus qu’une personne ayant un membre de sa famille tombé dans l’addiction. Je pense que je peux me permettre d’exprimer mon opinion étant donné la quantité - et variété - de jeux que j’ai pu tester, ainsi que mes lectures d’une bonne centaines de pages de tous bords sur le sujet. Je comprends parfaitement les réactions actuelles de bon nombre de parents. Il est logique de s’inquiéter de la santé de son enfant. Mais il est clair que certains d’entre eux feraient bien de revoir leur éducation. De l’avis même d’un professeur américain de mon université, les parents ne prennent plus assez le temps de se remettre en cause, par rapport à leur indulgence, s’entend. Or, ce professeur exprimait son constat par rapport aux familles américaines, tout en montrant son inquiétude face au comportement des familles françaises. Donc, sur le point "immaturité des enfants / parents", il est clair qu’il y a un problème urgent à régler. Par contre, mon avis diffère sur les autres points. Par exemple, vous reprochez au système PEGI d’avoir été conçu par un petit groupe de "décisionnaires". Or, il suffit de faire un tour sur le site de cette organisation pour se rendre compte que des parents, psychologues et même religieux ont participé à sa création. Ensuite, vous parlez de jeux au système manichéen. Ils sont courants, mais pas plus que les films. D’ailleurs, dans ces deux médias, la littérature actuelle aussi, certains produits sont d’une bêtise affligeante. Mais les jeux vidéos violents ont un " gros" avantage sur les deux autres : ils ne se prennent jamais au sérieux (en tous cas, je n’ai pas connaissance de jeux qui induqueraient le contraire). De même, bon nombre d’entre eux se parodient (Duke Nukem 3D...). Enfin, des jeux comme Fallout, apparamment bêtement provocateurs, s’avèrent des critiques de la société phénoménales, tout autant que celles du joueur. Ce jeu se base sur le même principe que Full Metal Jacket, le film de Stanley Kubrick : critiquer par la provocation, faire réfléchir le joueur à chacun de ses actes, dans un univers crédible heureusement teinté d’humour anglais. Du coup, les tristes personnes se nourrissant de préjugés ont parfois cru que la présence de drogues, de violence... dans le jeu était "une création du Diable"... Bien sûr, bien sûr... Sauf que quand on ramasse l’arme la plus puissante du jeu pour ensuite se rendre compte du piège tendu par les créateurs, qui nous désignent presque ouvertement comme étant des petits vicieux, on commence sérieusement à s’autocritiquer. D’ailleurs, les deux épisodes critiquaient déjà le port d’arme libre aux USA, la libre circulation des drogues, l’envie de pouvoir, le racisme, le capitalisme... Tout ça sans jamais tomber dans la caricature, et en exploitant ce qu’apporte le jeu vidéo : la liberté d’avancer à son rythme, de visiter, et donc d’entreprendre une autocritique nullement imposée ou manichéenne comme on en trouve dans les films ou les médias "publics" (pas tellement, la première chaîne de France ne se gênant pas pour montrer un homme égorgé pendant deux longues secondes - sympa pour l’enfant qui regarde la télé, alors que ses parents palabrent tranquillement dans la cuisine). De plus, ce n’est pas parce que les jeux vidéos s’appellent "jeux" qu’ils sont pour les enfants. AUCUNE forme de média ou d’art n’est destinée aux enfants, par définition. De même, la bande dessinée est depuis le début un média orienté vers les adultes, avec des ouvrages matures posés au ras du sol et d’une violence souvent inouïe et dérangeante. Et j’ai vu des enfants réagir devant ces planches, et des parents réagir violemment face aux gens qui, gentillement, leur disaient que leur lecture n’étaient pas de leur âge. Edifiant. Et pour terminer, le commerce. Evidemment, le jeu vidéo est un produit commercial, autant que tous les autres médias ou arts, qui de toutes façons n’auraient pas survécus sans le commerce. Evidemment, il y a des producteurs "hollywoodiens", des gens qui n’ont d’intérêt que pour leur revenu. Mais croire que les jeux sont purement commerciaux par essence est se mettre le doigt dans l’oeil. Il suffit de voir le comportement des développeurs : souvent, il se plaignent des contraintes purement économiques que leur impose un quelconque éditeur. Certains sont même allés jusqu’à tenter des attaques en justice. De plus, vous ne trouverez jamais autant de produits gratuits que dans l’univers du jeu vidéo : des milliers de logiciels, dont certains avec un sens artistique phénoménal, existent aujourd’hui, totalement gratuits. Et les développeurs de jeux payants fournissent souvent gratuitement leurs outils de créations aux joueurs. Enfin, nombre de jeux ont des technique narratives et esthétiques inédites dans le monde de l’art (Okami, Sacrifice - une parodie de la religion baignée dans un univers à mi-chemein entre Dali et Tim Burton, Half-Life et sa narration environnementale...). Par contre, certains d’entre eux se sont très mal vendus, car il est bien connu que le grand public ne porte qu’un intérêt limité à l’originalité. Du coup, malgré d’excellentes critiques artistiques des magazines spécialisés, ces oeuvres ont un succès post-mortem. Et encore... De toute façon, tant que les gens continueront à borner leur curiosité à ce que disent les médias télévisés (surtout eux, comme nous le précisait le spécialiste de l’image venu au lycée), les jeux auront encore une mauvaise presse. Pourtant, ces mêmes débats sur la violence avaient éclatés dans les années 80 pour le cinéma, par exemple. Et bien sûr, on n’a jamais réglé le problème.

        De fait, si les gens observaient ce qui les entourait et y réfléchissaient plus souvent, ils surpasseraient leurs préjugés avec facilité (si j’en crois ma propre expérience, en tous cas). Et par là même leur peur de ce qui est nouveau, et leur tendance à rejeter la faute sur les petits nouveaux. Voilà. Je précise enfin que tous les joueurs que je connais n’ont rien de particulier : on aime tous la littérature, la musique, nous ne sommes pas violents. Cela ne nous empêche pas d’être bons dans nos études (niveau Licence 1 Anglais pour ma part - d’où peut-être les fautes précédentes en français), et pourtant nous aimons les jeux vidéos. Nous les étudions et mêmes nous apprenons certaines choses grâce à ce média (l’anglais - la plupart de mes jeux sont dans cette langue, l’orientation, l’amélioration des réflexes, et surtout l’entente), tout comme avec les autres (cinéma...) . Ah oui, au fait, trouvez-vous normal de critiquer les "intérêts financiers" alors que notre monde gravite autour d’eux ? Est-il anormal que des gens aient choisi de gagner leur vie grâce à leurs créations ? Enfin, est-il normal que les associations en tous genres, médiatisées souvent, expriment leur mécontentement face à des jeunes jouant à des jeux créés uniquement pour les adultes, alors q’une étiquette de 2cm de côté indique clairement l’âge requis de l’utilisateur ?

        Donc, comme vous pouvez le constater, je suis d’accord avec vous sur plusieurs points. Toutefois, puisque la génération nous précédant nous impose une réflexion tournant de manière simpliste autour de la violence, je pense qu’il serait juste et équitable que les gens inquiets se montrent plus intelligents que les pseudo-débats télévisés (où l’égalité du temps de parole est une notion trop souvent absente, et où l’audimat nécessite de faire de cas isolés des généralités abrutissantes - et là, je vous laisse le plaisir de démonter les assertions médiatiques par vous-mêmes), qu’ils serait juste, donc, que ces personnes se RENSEIGNENT avant de parler. Juste histoire de ne pas appliquer le dicton "Il faut goûter avant de dire non" uniquement aux enfants, qui, eux semblent bien partis pour affronter un conflit de générations. J’apprécie, cela dit, le fait que vous ayez posté un message et réfléchit sur ce sujet. Si tous les parents s’exprimaient, qu’ils soient pour ou contre le jeu, et ce sans trop porter attention aux préjugés et aux médias (pas tous, bien sûr, mais certains d’entre eux), on ferait un grand pas en avant. Car c’est bien connu, rien ne vaut le dialogue.

        P.S : j’apprécie moins, par contre, que mon message ait disparu comme si de rien n’était sans justification écrite (dans un autre message), d’où mon re-post. Je précise tout de même l’évidence : si ce message paraît un peu trop engagé, il n’en reste pas moins que ce n’est qu’un avis, qui de part cette nature même est discutable. C’est d’ailleurs pourquoi je laisse cette fois mon mail pour une quelconque réponse, qui ne pourrait, pour une raison ou pour une autre, apparaître sur ce site.

    • Bonjour !" Autorité." Un mot qui fait frémir. On peut être autoritaire sans être "détestable." S’intéresser aux choix des jeux vidéos, en vérifier l’interdiction selon l’âge, ne pas hésiter à "discuter" de ce choix avec votre enfant, lui demander "pourquoi celui-ci et pas un autre", lui donner votre opinion. Enfin ne pas céder à une impulsion uniquement "pour être tranquille". Il arrive que l’enfant oublie ce caprice et passe à autre chose. S’il y tient vraiment, n’hésitez pas à lui exprimer votre refus. Un enfant auquel les parents cèdent trop facilement, ne leur en sont pas pour autant reconnaissants . Bien au contraire. "Oui, j’ai un copain... Il m’a dit qu’il était bien, moi je veux...". A vous de jouer ! Quant à l’intérêt financier des jeux. Bien sûr qu’il y en a un. Comme le cinéma, la musique et tout ce qui concerne les arts, il y a un intérêt financier. Il semblerait que vous ne l’ayez pas remarqué ... mais le jeu vidéo est un art à part entière. Beaucoup de recherches et d’études y sont consacrées. Ce sont de véritables petites oeuvres d’art pour certains. Un art ça se finance. Comme en littérature, lorsqu’il y a demande, il est normal d’y répondre. D’ailleurs n’est-ce pas ce que vous semblez avoir du mal à faire avec vos deux mômes. Et bien sûr, cela touche vos finances. Quant aux scénarii ! Pensez-vous sincèrement que "Spiderman 3" soit visible pas des bambins de 4 -5 - 6 ans accompagnés de leurs parents ou grand-parents ou autre ? Sans compter le trop grand nombre d’enfants de 8 à 12 ans qui viennent seuls. Parents attentifs, responsables... ? Avant d’accuser les éditions et sociétés de vouloir "faire de l’argent", commencez par savoir lire les étiquettes, les textes et les conseils. Cela ne manque pas. Vous me trouvez "à côté du sujet" ? Peut-être... Mais, malgré ce raisonnement que vous jugerez (si je vous perçois bien) malsain, je n’ai Aucun problème avec mes garçons. Nous nous respectons et ne nous en aimons que plus. Cela s’appelle peut-être vivre en bonne inteligence et cela ne concerne pas que les jeux vidéos.
      • Le message de Rémy a bien illustré que le jeu vidéo est sûrement plus complexe à saisir que sous l’unique angle de la violence. Toutefois il semblerait que certains soient désemparés. Les craintes peuvent être légitimes et doivent être prises en compte.

        Il semblerait que la principale difficulté soit d’abord un écart entre ceux qui jouent et ceux qui ne connaissent pas. Or un bon moyen de faire le lien, comme l’a souligné Agnès, est d’informer le joueur, et surtout les parents pour les mineurs. Comprendre et pourquoi pas pratiquer ! Se pose en filigramme le problème de l’éducation au media : s’agit-il d’interdire ou d’éduquer. Gardons à l’esprit que votre enfant sera confronté à ces medias : jeux vidéo, cinéma, télévision, alors autant lui donner les clefs pour faire face au flux d’information et d’image.

        D’où une question : Est-ce que le système PEGI vous apparait suffisamment clair / explicite ? Seriez-vous pour mettre en place une autorité de régulation nationale ou préférez-vous un système européen (même imparfait) ?

        • Pour ma part, je trouve le système PEGI très efficace. Les icônes mises en place sur les boîtiers et les annonces sont claires, efficaces, et le site auquel renvoie l’adresse internet est également très utile, même si je trouve que les âges requis manquent un peut de finesse (le vide laissé entre le 12+ et le 16+ peut être handicapant, certains scénarios étant très tortueux et/ou métaphoriques). Le système ESRB, anglophone, a toutefois des qualités, notamment les indications portant sur le contenu. Cela dit, il est difficile d’uniformiser cet ensemble de classifications, qui sont d’ailleurs parfois caricaturales au vu du contenu. De même, le système ESRB est trop pointilleux et symbolique : les lettre capitales utilisées ne sont pas claires de prime abord. Donc, le système PEGI me semble être le plus réussi, d’autant plus qu’il est impossible de passer à côté (l’icône mesure presque 2cm de côté sur des boîtiers de moins de 20cm de haut, et en plus, le font en noir ou blanc est caractéristique). Par contre, j’hésite un peu sur l’identité de la régulation. Un système européen est sûrement plus profitable au marché et définit plus clairement le contenu d’un jeu. Le problème vient de la perception qu’en a chaque culture. Pour prendre en compte des spécificités culturelles, il faudrait effectivement un système local, mais il y a alors un risque d’abus de la part même des censeurs, qui peut finir par limiter l’accès à telle ou telle culture et vision étrangère. Du coup, un système européen me paraît être la meilleure solution. De toute façon, si les acheteurs, ou les parents des acheteurs, suivent les conseils déjà donnés par les commissions de régulations elles-mêmes, à savoir se renseigner plus avant à propos de telle ou telle oeuvre, voire même dialoguer avec ses utilisateurs, alors chacun peut se faire une idée la plus claire possible sur le produit qu’il s’apprête à acquérir, en fonction de sa personnalité. Le PEGI sert alors de guide, ni plus ni moins. Autrement dit, tel qu’il se présente actuellement en France par exemple, ce système est efficace. Reste alors à sensibiliser les gens au fait que ce n’est pas parce que les jeux vidéos portent ce nom qu’ils sont forcément destinés aux enfants, et qu’il faudrait donc avoir la même approche que pour un film, par exemple (même si les classifications de films ne semblent pas toujours avoir beaucoup d’impact...).
  • Bonjour, Je voulais savoir ce que risque un magasin vendant des jeux videos pour adultes à des mineurs ? Merci
    • Si l’autorité administrative a interdit la vente des jeux à des mineurs, le revendeur s’expose à une peine d’un an de prison assorti d’une amende de 15 000 euros. (art 17 loi délinquance modifiant les articles 32 à 39 de la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs).

      Pour l’instant nous ne savons pas sous quelle tutelle sera cette autorité administrative (justice, industrie, culture, etc), ni quels seront les critères d’évaluation d’un jeu. Théoriquement la loi ne peut être rétroactive, donc si vous avez vendu Gran Theft Auto, Condemned, etc, avant la promulgation de la loi (en cours de lecture pour l’instant), vous ne serez pas en infraction.